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Alain Cotta - Sortir de l’euro ou mourir à petit feu - Plon 2010


Alain Cotta rappelle, dans cet ouvrage synthétique au style léger, les promesses de l’establishment avant la mise en place de l’euro en 1999 : saine gestion des finances publiques, croissance, emploi, pouvoir d’achat plus élevé, poids plus grand de l’Europe au niveau international.  Une sorte de conte de fée digne de Cendrillon. Selon les thuriféraires de l’euro, ne pas l’adopter condamnait à des attaques spéculatives et des taux d’intérêt élevés. Les Grecs ont du apprécier cet argument ! Et pourtant à l’époque l’analyse économique élémentaire avait été ignorée, aucune des conditions nécessaires à l’existence d’une zone monétaire n’étant remplie, en raison de l’absence d’une politique économique commune et d’une disparité trop grandes des niveaux de vie.  L’histoire avait également été ignorée, elle montre en effet qu’une zone monétaire ne peut fonctionner correctement entre des Etats indépendants, comme le montre l’échec de l’Union latine. 

Le problème est qu’en Europe cohabitent des pays vertueux (Allemagne) et des pays inconséquents (Grèce). Les excédents des premiers couvrent les déficits des seconds. C’est agréable pour les seconds qui peuvent acheter plus qu’ils ne vendent. Avec l’euro, les grecs peuvent se réjouir, ils vivent au-dessus de leurs moyens en dépensant des sommes que d’autres devront rembourser. En outre, la zone euro connaît des déficits publics record et un taux de prélèvements obligatoires excessif. Alors qu’aux USA le déficit public est monétisé depuis 2008, en zone euro les déficits budgétaires sont financés par l’épargne, d’où un fort endettement public.

Cet endettement public est à l’origine d’un écheveau compliqué d’engagements : les Etats sont engagés vis-à-vis des banques, les banques entre elles, les banques vis-à-vis de leurs clients via l’assurance vie. Sans le savoir, l’épargnant français finance la gabegie du gouvernement grec. Les obligations d’Etat de la zone euro sont aussi détenues à 65% par des banques étrangères, ce qui peut mettre en danger le système financier international en cas de défaut de l’un des PIGS. Cotta rappelle à juste titre qu’un défaut sur la dette espagnole plongerait le monde dans une crise plus grave que celle des subprimes.

Les grands bénéficiaires de l’euro sont la rente et les rentiers. D’autant que la démographie politique place les plus de 50 ans, déjà rentiers pour certains, en situation majoritaire sur le plan électoral. Or une rente élevée correspond à un investissement faible, d’autant plus les investissements des entreprises européennes se concentrent de plus en plus dans les pays émergents. 

Alain Cotta envisage trois scénarios concernant l’avenir de l’euro.

Scénario 1 : conserver l’euro.

Il s’agit ici de conserver un euro qui serait un clone du mark, c'est-à-dire sans inflation, accompagné de rigueur budgétaire, de modération salariale, d’efforts d’investissement et de R&D. Soutenue par les instances financières internationales et les rentiers, cette option a la faveur des hommes politiques. En effet, les politiciens ne veulent pas reconnaître que l’euro était une erreur, leur électorat vieillissant n’accepterait pas une baisse de la valeur de leur patrimoine, et la noyade de l’euro pourrait entraîner une nouvelle récession.

Ce scénario soulève deux problèmes. D’abord, l’austérité généralisée qu’elle implique empêchera la croissance et la baisse des déficits publics et entraînera des soulèvements populaires dans certains pays. Ensuite, comme l’Allemagne ne saurait subventionner ad vitam aeternam la grande majorité des nations européennes, elle sera tentée d’expulser les nations les moins rigoureuses. Mais la menace d’expulsion ne peut qu’accroitre l’instabilité des marchés obligataires.

Scénario 2 : le retour à la monnaie commune.

C'est-à-dire à l’écu qui existait de 1979 à 1999. Cotta le nomme « euro-serpent ». Ce système a l’avantage de conserver l’indépendance monétaire des nations tout en soumettant les monnaies à une même discipline. Chaque pays a une marge d’autonomie grâce à la possibilité de dévaluer et d’accepter plus d’inflation. Certains pays verraient leur monnaie réévaluer (Allemagne), d’autres pays comme la France verraient leur monnaie dévaluer. La dévaluation du franc en 1969 ne fut-elle pas un succès ?

Deux difficultés s’opposent pourtant à cette issue. D’une part, la dévaluation est mal vue, notamment parce qu’en général elle entraîne l’inflation qui érode la valeur des revenus fixes et des patrimoines, et diminue le pouvoir d’achat. Quoique l’inflation soit un excellent moyen pour les autorités d’obtenir les effets d’une politique d’austérité sans plan du même nom. Mais l’inflation est exclue compte tenu de l’âge moyen des électeurs. D’autre part, les hommes politiques n’aiment pas avouer qu’ils se sont trompés. Or revenir à la monnaie commune serait avouer que l’euro était une erreur

Scénario 3 : la mort de l’euro

Cotta prévoit la mort de l’euro avant la fin 2012. L’Allemagne regarde de plus en plus vers l’Est. Et elle se lasse de subventionner les indisciplinés. La zone euro pourrait se réduire à une zone mark (Allemagne, Pays-Bas, Autriche) non polluée par le vice latin. On assisterait à l’expulsion de certains pays au nom de la vertu allemande. La France pourrait éventuellement faire partie de cette zone mark, à condition d’accepter de réduire drastiquement ses déficits et donc, mais cela entrainerait une stagnation trop forte.

Cotta souhaite le retour au bon vieux franc, ce qui entrainerait sans doute sa dévaluation par rapport au taux prévalant lors de sa création. Cette dévaluation susciterait la hausse des exportations et de l’emploi, elle renchérirait la valeur des importations, diminuant la consommation de gadgets souvent inutiles. La légère inflation qui s’ensuivrait permettrait une répartition de la valeur ajoutée en faveur des salaires. L’inflation serait contenue par une épargne nationale qui est structurellement abondante. L’endettement public serait remboursé par la création monétaire. Pour éviter que cette mesure ne favorise le laxisme budgétaire, Cotta préconise des limites, par exemple constitutionnelles, aux largesses de la Banque centrale.

Si l’auteur préconise ce troisième scénario, il se peut aussi que le premier résiste. En effet, comme toute contestation révolutionnaire semble dépassée, une population vieillissante peut inciter les gérontocraties qui nous gouvernent à maintenir l’euro, avec à la clef une mort à feu doux.


Le livre d’Alain Cotta mérite d’être lu pour la justesse des propos sur l’erreur que fut l’euro, les considérations démographiques, et la responsabilité des politiciens.  « Les politiques seront les pompiers zélés d’un incendie qu’ils auront allumé eux-mêmes ». Toutefois, on peut être dubitatif sur sa bienveillance vis-à-vis de l’inflation. Il accuse la non monétisation des déficits d’être source de récession. Mais l’Allemagne, sans monétiser les déficits, a une situation meilleure que les USA qui l’ont abondamment pratiqué. Il propose une inflation contrôlée, mais le propre de l’inflation est, une fois lancée, d’être incontrôlable et de s’amplifier.

Pour terminer, on notera sa vision ambivalente de l’Allemagne. Il nous explique que nos difficultés viennent de la rigueur monétaire allemande, mais il admire sa puissance industrielle. Or la première n’a-t-elle aucun lien avec la seconde ? 


                                                                               © Joël Hermet _ décembre 2010