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L'ECONOMIE EN PREPA HEC
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                      Joël Hermet
  


  
  
  
  
Philippe Simonnot, Le jour où la France sortira de l’euro, Michalon, 2010.

Philippe Simonnot est un économiste français né en 1941, ancien journaliste du Monde et chroniqueur au Figaro ; il a publié des ouvrages sur l’analyse économique du droit et de la religion, et anime le séminaire d’économie monétaire de l’Institut Turgot. Dans ce livre iconoclaste de politique fiction, il prévoit l’accession de Dominique Strauss Kahn, actuel patron du FMI, à la présidence de la République en 2012, la sortie de la France de l’euro et le rétablissement de l’étalon or. 
Pourquoi DSK plutôt qu’Aubry ou Sarkozy ? Même s’il a échoué au concours d’entrée de l’ENA, il est directeur général du FMI, ce qui le met au- dessus du lot. DSK a publié en 1977, Economie de la famille et accumulation patrimoniale, dans lequel il explique que les individus se marient s’ils en tirent un intérêt économique et la demande d’enfants des ménages est reliée au cout relatif de l’enfant et à la ‘qualité’ souhaitée. Un personnage s’inspirant autant des thèses de Gary Becker, un des chefs de file de l’école de Chicago, ne peut être un mauvais économiste !
Le livre est basé sur le dialogue entre deux personnages, Candide, un journaliste, et Deep Pocket, un banquier influent connaissant toutes les arcanes de la vie politique et financière.  Ce dialogue se poursuit le long de plusieurs rendez vous, permettant d’aborder les thèmes chers à l’auteur. On imagine que Philippe Simonnot s’exprime à travers les propos de Deep Pocket sur les principaux débats actuels.

L’euro
L’euro ne faisait pas partie du projet originel de la construction européenne, il a été élaboré au début des années 1970. Un marché unique ne suppose par la monnaie unique, d’autant qu’une monnaie unique suppose un Etat unique, ce qui n’était pas dans les intentions des pères fondateurs. Dans sa hâte, l’Europe a oublié la gouvernance économique. L’euro  correspond à la prise de pouvoir des banques centrales. Dès sa conception, l’euro a été frappé d’irréversibilité, on n’imaginait pas qu’un pays veuille ou puisse sortir de l’euro.
Si l’Allemagne était contre l’euro, Mitterrand était opposé à la réunification de l’Allemagne, l’un de ses livres de chevet était Les conséquences économiques de la paix, de Bainville. Les Français ont accepté la réunification mais ont demandé aux Allemands de renoncer au deutschemark.
« L’européisme sert à Mitterrand d’idéologie de substitution à un socialisme auquel il ne croit plus, si tant est qu’il y ait jamais cru » (p. 39). 
En 1992, Bérégovoy s’est obstiné à maintenir des taux d’intérêt élevés dans le sillage du deutschemark après la réunification, ce qui coûté des centaines de milliers de chômeurs à la France. Il est surprenant qu’un homme de gauche, d’extraction modeste ayant pour tout bagage un CAP d’ajusteur, ait sacrifié l’emploi sur l’autel de la monnaie. Aujourd’hui, en 2011, le maintien de la France dans la zone euro a aussi un coût en emplois. La croissance dans la zone euro n’a cessé de se ralentir : 3,4% dans les années 1970, 2,4% dans les années 1980, 2,2% dans les années 1990, 1% dans les années 2000. L’écart se creuse avec le reste du monde.
Le vice congénital de l’euro : une même politique monétaire n’est pas adaptée pour des pays ayant une conjoncture et une inflation différentes. Les taux dont trop faibles pour certains pays, trop élevés pour d’autres. En outre, il n’y a pas de mécanismes de compensation budgétaire.
Le Pacte de stabilité impose les disciplines de l’étalon or sans apporter ses avantages.

L’étalon-or
Favorable au retour à l’étalon-or, l’auteur rappelle les propos du Général De Gaulle voulait faire de l’or une monnaie universelle, à la place du dollar. Conseillé par Jacques Rueff, il déclara :  " Nous tenons donc pour nécessaire que les échanges internationaux s'établissent, comme c'était le cas avant les grands malheurs du monde, sur une base monétaire indiscutable et qui ne porte la marque d'aucun pays en particulier. Quelle base ? En vérité, on ne voit pas qu'à cet égard il puisse y avoir de critère, d'étalon, autres que le l'or. Eh ! oui, l'or qui ne change pas de nature, qui se met, indifféremment, en barres, en lingots ou en pièces, qui n'a pas de nationalité, qui est tenu, éternellement et universellement, comme la valeur inaltérable et fiduciaire par excellence."
 Keynes parlait de relique barbare à propos de l’or. C’est une formule creuse, car c’est justement sous le règne de l’étalon-or que l’or a été le moins utilisé comme monnaie. Et c’est quand la monnaie papier triomphe que l’or est idolâtré et voit son cours dépasser aujourd’hui les 1 400 dollars l’once.

L’Etat-providence 
Ce n’est pas le Conseil national de la Résistance mais le régime de Vichy – horresco referens – qui a mis en place la retraite par répartition en 1941, allumant la mèche d’une bombe à retardement qui commence à exploser aujourd’hui.
« L’Etat providence engendre moins d’enfants et plus de chômeurs, moins d’épargne et plus d’impôts, moins de sécurité et plus d’immigrés. Son autodestruction est aussi prévisible au bout de deux ou trois générations que le fut la faillite du système soviétique » fait-il dire au président Sarkozy (p. 78). 

La crise de 1929
A propos de la crise de 1929, il est souvent dit, à la suite des travaux de Milton Friedman, que la FED n’a pas assez soutenu les banques en difficultés. C’est une thèse erronée selon l’auteur mais il ne donne pas d’argument précis. La FED a eu une politique laxiste dans les années 1920 et les USA ont accordé des prêts à bas taux d’intérêt à la Grande Bretagne.  On se sert de la planche à billets pour soutenir la cote des actions qui flanchent. Hoover a été, contrairement à la légende, interventionniste et pensait que les hauts salaires étaient facteur de prospérité. Il a fait du Keynes avant Keynes. C’est le protectionnisme qui aggrava la crise.

La crise des subprime
L’origine de la crise se trouve dans le Community Reinvestment Act voté en 1977, interdisant aux banques de discriminer les gens en fonction de la race ou des revenus dans leur activité de prêts. Cette loi, inspirée par la discrimination positive, était jugée positive par Greenspan en 1994 car elle permettait à plus d’Américains de devenir propriétaires. Les banques ont refilé la patate chaude à Fannie Mae et Freddie Mac, entreprises sous la garantie et le contrôle de l’Etat. Ce dernier leur impose de racheter les subprimes. Ces deux agences permettaient des conditions de crédit plus favorables que si le marché s’était régulé tout seul.
Le microcrédit sera le nouveau subprime. Il s’est formé une bulle gigantesque dans ce domaine qui va bientôt exploser. De nombreux débiteurs remboursent leurs anciens emprunts par de nouveaux, et entrent dans la spirale infernale du surendettement. Amener les pauvres vers les marchés de capitaux, n’était ce pas déjà le discours des courtiers de prêts américains ?

La FED : un pompier pyromane
Les causes de la crise sont à rechercher dans la politique de la FED sous Greenspan.
  1. Il fixe des taux bas et inonde l’économie de liquidités
  2. Il ne fait rien tant que la bulle gonfle car il n’est pas capable de dire s’il y a bulle ou pas
  3. Il pense qu’il ne peut pas empêcher la création d’une bulle en durcissant au bon moment la politique monétaire
  4. Il intervient pour aider les aider les banques en faillite quand la bulle éclate ; l’existence même d‘une banque centrale come préteur en dernier ressort est un facteur d’aléa moral. L’intervention de la banque centrale est justifiée par ses partisans par l’argument du « too big to fail » et le risque de crise systémique, argument par ailleurs fallacieux, comme l’a montré Pascal Salin.
Les banques centrales soutiennent les banques car elles en sont l’émanation, le capital de la FED étant indirectement détenu par une dizaine de grandes banques américaines dont Goldman Sachs, JP Morgan, Citigroup. « Cette socialisation des pertes s’est accompagnée d’une privatisation de superprofits éhontés de monopole » (p. 74). L’auteur nous raconte l’histoire du sauvetage manqué de la banque d’affaires Lehman Brothers. Si elle n’a pas été sauvée, c’est la faute à la FSA, l’organisme britannique chargé de surveiller les opérations financières, qui a mis son veto au rachat par Barclays qui aurait pu la sauver. Deep Pocket est opposé à l’indépendance des banques centrales, comme Friedman mais pas pour les mêmes raisons. Dans une démocratie, il n’y a aucune raison pour que le Banque centrale se trouve placée en dehors de tout processus électoral.

L’euro-or : retour vers le futur
L’abandon de l’or a fait perdre au système monétaire son repère et le XXe siècle fut celui de l’inflation. En acceptant de monétiser la dette publique, Trichet a signé l’arrêt de mort de l’euro dont il rêvait, une monnaie solide et indépendante du pouvoir politique. « Voici donc l’euro devenu égout collecteur de papiers d’Etat bons à mettre au cabinet » (p. 81).
Deep Pocket ne souhaite pas revenir au franc mais instaurer l’euro or. Pour l’instaurer, il préconise cinq mesures :
  1. L’abolition du cours légal de l’euro, ce qui va permettre la concurrence entre les monnaies. Le cours légal signifie qu’une monnaie ne peut être refusée en paiement par qui que ce soit sur le territoire concerné par cette monnaie.
  2. La suppression de la taxation sur les transactions en or.
  3. La liberté de conclure des contrats libellés en euro-or, c'est-à-dire en euro défini par un poids en or.
  4. La liberté de fabriquer des pièces d’or dans les ateliers existants.
  5. La vente de l’or détenu par les banques centrales.
L’euro-or émergera graduellement et spontanément comme unité de compte. Cela permettra d’établir un étalon-or privé, et non géré par les banques centrales comme au XIXe siècle. Les détenteurs d’or détermineront eux-mêmes l’offre de monnaie en portant plus ou moins d’or aux ateliers pour qu’il soit transformé en pièces sonnantes et trébuchantes. On apprend qu’en 2004, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Economie et des Finances, a vendu 20% du stock de la Banque de France. Or le cours de l’or, qui était de 446 dollars l’once en 2004, a triplé depuis. La perte due à la vente de cet or équivaut à 17,6 milliards d’euros !

Les banques
Le caractère fongible de la monnaie permet aux banques de prêter de l’argent qu’elles ne possèdent pas. C’est le multiplicateur bancaire. Si aucun argent des prêts ne revient à la banque qui les a consentis, le multiplicateur est égal à 1. Si l’argent de tous les prêts revient à la banque, le multiplicateur est infini. Le dernier cas correspond à un monopole bancaire. On voir ainsi l’intérêt que les banques ont à se faire le moins de concurrence possible, à coup de réglementations. Les banquiers s’appuient sur la loi des grands nombres pour calculer leur multiplicateur, mais la confiance des clients ne relève pas de la loi des grands nombres. Dans les moments de panique bancaire, les clients, de moutons peuvent se transformer en lions.
Les banques devraient accorder des prêts avec de l’épargne et non des dépôts à vue. En accordant des prêts à partir de dépôts, elles portent atteinte au droit de propriété. L’existence d’un Fonds de garantie des banques n’y change rien, et aggrave même le problème. S’il n’y avait pas ce fonds auquel les établissements de crédit en France doivent cotiser, les gens feraient plus attention à l’endroit où ils mettent leur argent. Ils choisiraient les banques qui leur donneraient le plus de garanties, et les banques seraient plus prudentes dans leur activité de prêts.

Une nouvelle typologie des biens
A côté de la traditionnelle classification entre biens de production et biens de consommation, Deep Pocket en propose une autre :
  • les biens d’inspection dont on peut mesurer la qualité à vue d’œil (pommes)
  • les biens d’expérience qui ne se révèlent qu’après expérimentation (repas au restaurant)
  • les biens de croyance dont la qualité repose sur la confiance faite au producteur ; si vous êtes guéri, vous ne pourrez jamais vérifier la part attribuable à votre médecin ou à la nature ou la chance ; avec la psychanalyse, l’incertitude est encore plus flagrante.
Pour les biens de croyance, on a institué des ordres, comme l’Ordre des médecins, l’Ordre des avocats, pour fournir une sorte de label de qualité qui puisse diminuer l’asymétrie d’information entre le producteur et le consommateur. Les banques ont institué l’Association française des banques. Dans ces domaines, on doit s’attendre à une certaine méfiance pour la concurrence et à une cartellisation, au corporatisme, et à un concubinage avec l’Etat.
On peut faire une analogie avec la religion car « de même qu’il faut à une Eglise une référence objective qui est la loi de Dieu, de même le système bancaire a- t-il besoin d’une référence objective qui peut être l’or ». (p. 154). Pour résumer : In Gold we trust !

Finalement, le livre de Philippe Simonnot se lit comme un thriller avec du suspens et des rebondissements. Il aborde à la fois la théorie économique et la politique politicienne. Le mélange est savoureux.

© Joël Hermet - avril 2011.