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                      Joël Hermet
  


  
  
  
  
Georges Soros - Quelques leçons tirées de la crise
Denoël  - 2010

Soros est président du Soros Fund Management et fondateur d’un réseau mondial de fondations philanthropiques. Il avait créé avant la chute du communisme une fondation en Hongrie en 1984, en Chine en 1986, en Pologne et en URSS en 1987.  Ce livre est le recueil de 5 conférences données en octobre 2009 à  Budapest, ville où Soros a créé un établissement universitaire après 1991.

1ère conférence : Le principe d’incertitude humaine
Soros raconte l’histoire de sa famille, de la classe moyenne juive, qui a fui la Hongrie occupée par les nazis et a du vivre sous une fausse identité pendant la guerre.  Pour gagner sa vie, George devient ‘arbitrage trader’ à New York. Cette courte partie autobiographique est la plus intéressante du livre.
Ensuite Soros enfile les habits du philosophe. Sa pensée repose sur 3 notions clés :
  1. La faillibilité : dans des situations ayant des acteurs pensants, leur vision des choses est toujours partielle et déformée
  2. La réflexivité : ces visions déformées peuvent influer sur la situation à laquelle elles s’appliquent car les idées fausses aboutissent à des actions inappropriées (ex : si on traite les toxicomanes comme des délinquants, ils se comporteront comme tels)
  3. Le principe d’incertitude humaine : nos perceptions peuvent être erronées
Selon l’aveu même de Soros, cette partie est abstraite et difficile à suivre. Il a raison sur ce point.

2ème conférence : Les marchés financiers
En matière de finance, la théorie dominante est celle de l’efficience des marchés financiers. Celle-ci stipule que les marchés tendent vers l’équilibre, que les écarts sont aléatoires et peuvent être attribués à ces chocs extérieurs, et surtout que le prix du marché reflète la totalité de l’information disponible. C’est une façon de penser que l’on peut faire remonter aux Lumières pour qui la raison pouvait tout découvrir, qui étaient dans l’illusion de la connaissance parfaite. 
Soros pense que cette théorie est fausse, les prix du marché affectent et déforment les fondamentaux qu’ils sont supposés refléter, notamment via l’effet de levier (c’est la réflexivité). En raison de l’incertitude liée à toute décision humaine, la théorie des anticipations rationnelles part de postulats erronés, car les décisions sont nécessairement hâtives et biaisées.
La crise actuelle n’est pas une simple récession mais une « tempête centennale ». L’explosion de la super bulle de l’immobilier et des produits titrisés est due au recours abusif  au crédit et à l’effet de levier, eux-mêmes reliés selon Soros au libéralisme, à Reagan et Thatcher, à la déréglementation qui a supprimé les garde-fous empêchant l’effondrement en cascade. L’idée d’autorégulation des marchés a provoqué la crise de la dette en 1982, le krach de 1987, la crise des Caisses d’Epargne américaines entre 1989 et 1994, la crise des marchés émergents e 1997, le e-krach de 2000. A chaque fois les autorités sont intervenues, renforçant le recours au crédit et l’idée que les marchés pouvaient être livrés à eux-mêmes.
Afin de réguler le système financier, Soros fixe aux autorités plusieurs tâches : 
  1. Empêcher les bulles de trop grossir
  2. Réguler l’accès au crédit en modulant le niveau de dépôts de garantie, le montant de fonds propres, le taux de réserves obligatoires selon la conjoncture, en donnant des instructions aux banques pour limiter leurs prêts à tel ou tel secteur de l’économie
  3. Suivre la position de tous les acteurs du marché et contrôler voire interdire certains produits dérivés
  4. Réduire les prises de risque de la part des banques en réduisant le recours à l’effet de levier, en interdisant que les dépôts puissent être utilisés dans le courtage pour compte propre
Ces mesures ne doivent pas être prises trop tôt afin de ne pas casser la reprise. 

3ème conférence : La société ouverte
Soros est fasciné par le concept de société ouverte de Popper, que l’on peut définir grossièrement par l’état de droit, le respect des libertés de base et la démocratie. La réélection du candidat républicain G.W. en 2004 lui fait prendre conscience que dans une démocratie la fonction manipulatrice peut prendre le pas sur la fonction cognitive (mieux comprendre la réalité), ce que n’avait pas vu Popper. Le problème de la démocratie est que les citoyens se soucient assez peu de la vérité ; qu’on leur mente ne les contrarie guère. Il oublie de préciser que les Démocrates mentent autant, sinon plus, que les Républicains.

4ème conférence : Le capitalisme contre la société ouverte
Connaissez-vous la relation d’agence ? C’est la situation dans laquelle un agent est censé représenter les intérêts d’un mandant mais a tendance, dans les faits, à donner priorité à ses propres intérêts. Et bien Soros voir la relation d’agence partout. Dans la malédiction des ressources naturelles (le gouvernement, censé redistribuer la manne à la population, s’en met plein les poches). Dans l’échec du communisme (les dirigeants de l’URSS faisaient passer leurs intérêts avant ceux du peuple). Dans la démocratie où les élus usent de leur pouvoir à leur propre bénéfice au détriment de l’intérêt commun. Dans les CDO où les techniciens de la finance ont titrisé des hypothèques en créant des risques supplémentaires, augmentant leurs commissions et négligeant les intérêts de leurs mandants.
Pourquoi le fondamentalisme de marché a-t-il triomphé ? Soros donne deux raisons. D’une part, si les mécanismes du marché sont imparfaits, le processus politique est encore plus défectueux. Soros milite d’ailleurs pour une intervention minimale de l’Etat dans l’économie, peu compatible il faut le noter avec ses propositions de la 2ème conférence. D’autre part, les premiers bénéficiaires du libre marché sont les possédants, qui se trouvent être ceux qui ont le plus de pouvoir.
Quelles que soient ses origines, le fondamentalisme de marché entraîne un déclin de la morale publique car le marché est amoral, les gens ne recherchent que leur intérêt personnel. Soros souhaite réformer les règles des hedge funds, même s’il reconnaît que cela va à l’encontre de ses intérêts personnels.

5ème conférence : Pour aller de l’avant
Contrairement aux Bernanke, Geithner, Krugman et autres Wolf, Soros est sceptique sur l’intensité de la reprise et n’écarte pas la possibilité d’une récession en double creux. Les problèmes de l’immobilier commercial et des LBO sont devant nous. Il semble donc plus lucide que nombre de ses amis.
Il souhaite un rôle accru des DTS pour desserrer le crédit au niveau international (on se demande quel peut être l’intérêt d’une telle mesure alors que la crise vient justement d’un excès de crédit), une réforme du FMI et de l’ONU pour y augmenter le poids des pays émergents. Il recommande aussi une régulation du système financier au plan international. Ce sera difficile à mettre en œuvre car les pays ont des intérêts différents qui leur font rechercher des solutions différentes. D’ailleurs en Europe il n’y a même pas eu d’accord global sur la garantie des dépôts bancaires.
Pour l’avenir, le choix est entre le capitalisme international (USA) en déclin et le capitalisme d’Etat (Chine) en essor, sachant que le second n’a pas que des bons côtés. Il déteste Bush et pense qu’Obama « a une vision juste des choses » mais mise trop sur sa force de persuasion et sur le multiplicateur de confiance cher à Akerlof.             

Pour conclure, la lecture du livre de Soros n’éclaire pas beaucoup sur les causes, ni le déroulement de la crise. Sa défense de la société ouverte et son hostilité au libre marché paraissent contradictoires. On se demande d’ailleurs d’où vient cette hostilité au libéralisme qui lui a pourtant permis de faire fortune ?

                                                                                                                ©Joël Hermet-2011